Supplément au numéro du 1er aout 1931

(extrait du journal des AGPD)

Nous pensons faire plaisir à tous en donnant comme supplément à ce numéro la partie du discours prononcé par Oncle Pierre au mariage de Brigitte qui se rapporte de plus près à la famille.

" Notre famille, c'est ce qui a dû vous frapper tout d'abord, est fort nombreuse. Vous vous en êtes aperçu au jour de vos fiançailles. Les appartements étroits de Paris, si hospitaliers qu'ils soient, sont insuffisants à la contenir. Il y faudrait les larges installations de notre chère et bonne province. On m'a dit que, devant tout ce flot d'inconnus, vous aviez fait bonne figure. On reconnaît là l'homme qui ne s'émeut pas. D'ailleurs, on n'a point l'imprudence de vous demander de mettre, à coup sûr un nom sur chaque visage. S'il s'agit des derniers venus, " des moins d'un an ", il n'est point certain que nous-mêmes subirions l'épreuve sans défaillance. Sachez, mon cher ami, que vous ètes mon 64ème neveu. C'est un chiffre qui compte. Nous espérons cependant le voir monter encore, rapidement. N'est-il pas entendu, dès maintenant, que nous fêterons le centième par une exceptionnelle réunion de famille !

Parce qu'elle est nombreuse, notre famille est assez occupante. A nous en tenir aux fêtes religieuses, je relève en un an: trois mariages, une profession religieuse, une prise d'habit, sept baptêmes, plusieurs Premières Communions. L'aumônerie de la famille n'est pas une sinécure. Une bonne entente, établie entre les deux évèques, celui de Blois plus spécialement préposé comme il convient à ceux qui portent son nom, et celui de Dijon, suffit à assurer à peu près le service. Que "l'Oncle Georges" soit affectueusement remercié, de m'avoir laissé ce matin le bonheur de bénir votre union.

Notre famille est dispersée. Comment en serait-il autrement ? Il y a le groupe de Paris, à l'ombre du clocher de St-François-Xavier, il y a celui de Neuilly et de Courbevoie; il y a celui de Clermont, de la Nièvre, de la Seine Inférieure et des Vosges. Il y a les isolés des Bouches du Rhône, de l'Ille et Vilaine, de Meurthe et Moselle, de Seine et Oise. Il y a, avec vous, nos autres Africains, ceux du Togo, celui de l'Abyssinie.

Mais, et c'est surtout là que je désire en venir, notre famille est unie. Entendons-nous, qui dit l'"union" ne dit pas " uniformité " cette uniformité dont l'ennui naquit, dit-on un jour. Quelle variété dans les professions et dans les caractères ! Dans les professions: l'Université, l'agriculture, la médecine, l'armée, le barreau, le commerce et l'industrie, le service de l'Etat dans les Ministères et dans l'Administration Coloniale sont représentés parmi nous. Et au delà des professions humaines, de dévouement à Dieu et aux âmes dans le Sacerdoce ou les Congrégation religieuses. - Variété dans les caractères: on n'attend pas de moi que je m'aventure sur ce terrain. Il serait trop facile de mettre un nom sur chacun de mes portraits. Qu'il suffise de préciser que nous sommes assez dissemblables.

Cependant, malgré ces divergences de nos voies et de nos tempéraments, je le répète, nous sommes unis. Nous nous réjouissons tous avec ceux qui sont dans la joie; nous souffrons tous avec ceux d'entre nous qui sont dans la peine. D'où vient cette union qui nous est si chère ? Sans doute, des relations fréquentes établies entre nous, des longues périodes de vacances jadis passées ensemble, mais surtout d'une même conception de la vie, et pour tout dire plus nettement encore, de notre foi catholique. Quelle grâce est celle-là! Tout le monde est d'accord parmi nous dans l'attachement à Dieu, à sa volonté, à Jésus-Christ, à l'Eglise: tout le monde, dans la mesure de sa faiblesse, a le désir de faire un peu de bien chrétien. La Providence a même permis que ceux qui sont entrés dans la famille, mes sept neveux et mes trois nièces par alliance, y ont apporté la même âme chétienne, un vrai surcroît de vitalité religieuse, et par conséquent de générosité morale. Encore une fois, quelle grâce est celle-là, et qui ne voit que nous serons toujours impuissants à en remercier Dieu.

Si je me laisse aller à ces confidences, mon cher Robert, ma chère Brigitte, ce n'est certes point pour faire de tous les miens un éloge qui pourrait, à bon droit, paraître indélicat. C'est pour que vous saisissiez mieux les raisons de notre joie ce matin: un nouveau foyer se fonde dans la famille qui garde la sainte Tradition des chrétiens. C'est aussi pour aider les plus jeunes parmi nous à prendre conscience du don divin qu'est la Foi, et à vouloir humblement y répondre, en servant dans l'intérieur de leur conscience et dans l'action, cette vérité qui, par grâce, est en eux. ."